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July 18 L'ennemie..."Clic" Ca, c'est le clic préféré de l'espèce humaine. C'est fou ce que l'on supporte comme clics tout au long de notre vie, mais celui-ci est différent. Savoureux, zenifiant, c'est le bonheur absolu incarné dans le mécanisme le plus simple qui soit: celui qui décide du jour ou de la nuit. Un bout de plastique d'une banalité incomparable, le binaire pur, qui fait passer l'être humain « le pensant » à l'être humain « le dormant ». Ou plutôt, pour être exact, l'être dormant, mais pensant quand même. Sauf qu'après le clic, on commence à penser un peu n'importe comment. En fait on commence rationnel. Pensant mais pas encore tout à fait dormant. Pensant mi-dormant.
-"Et si ils ajoutaient un peu de citron dans leurs Pim's à la framboise? C'est vrai ça, pourquoi les biscuits sont-ils toujours mono aromatisés lorsqu'il s'agit de fruits ?!"
La pensée est un peu terre-à-terre, mais ça se tient. D'ailleurs je suis même tout à fait d'accord avec ce dormeur. Ce mi-dormeur pardon. Mais là n'est pas la question. Perdu dans ses idées révolutionopatissières, le mi-dormeur se laisse peu à peu aller à des pensées qui s'écartent résolument de la logique telle que nous la concevons éveillés. En fait on doit penser tellement vite à ce moment précis que les étapes intermédiaires entre les idées, sautent.
-"Sympa la déco du resto ce soir. < c'est l'effet velours des chaises > < joli derrière, la demoiselle de la table en face > < ça devait être le jean > A quand les jeans en velours? "
Sauf que dans le rêve on ne choppe que le début et la fin du raisonnement. Forcément ça surprend. Le mi-dormant pense un peu comme un mec bourré, au fond. L'absurde (un jean en velours) côtoie le génie (le Pim's citron-framboise). Certains sont même peut-être beaucoup plus intelligents lorsqu'ils dorment. Pour la paix dans le monde, rendons les dictateurs hypersomniaques. Mais au fond, on s'en fiche un peu de tout ça. Enfin pour ce soir du moins, car le sujet n'est pas là. Effectivement, après le "clic", le mi-dormeur (et la mi-dormeuse d'ailleurs, on est tous logés à la même enseigne à ce moment là) est sensé fermer les yeux, sourire béatement (voir déjà commencer à baver un peu pour les plus enthousiastes) et s'enfoncer par de petits dandinements pas forcément gracieux mais prompts à vous trouver la position la plus douillette sous la couette. La présence d'un conjoint entraînant parfois d'âpres négociations à coups de fesses et de j'tire-la-couverture-parce-que-c'est-moi-qu'elle-préfère. La mauvaise foi n'a pas de limites après le clic, c'est la loi. "Clic" "Dandinements" "Soupir" "Biscuits"(bave) "Velou..." "Clic ! " « ET MERDE PUTAIN de BORDEL !!!!! » (si présence d’un(e) conjoint(e) : "hein ??... kécécé??")
Ca s'est vraiment joué à peu de choses. Normalement, arrivés au velours, on dort presque et il en faut alors beaucoup pour nous réveiller. Genre un réveil par exemple. (Dernier représentant des instruments de torture d'antan, et donc vecteur de malheur dans le monde actuel puisqu'il réveille également des dictateurs chaque matin. Au fond si on chargeait quelqu'un de reculer ne serait-ce que d'une heure ces dictatoriaux réveils, on sauverait sans doute des centaines de vies.) Bref, juste à l’instant, il s'est passé un truc infernal qui a privé instantanément le mi-dormeur de sa dimension parallèle, qui l'a empêché d'en franchir le seuil. D'où le léger sentiment de frustration que l'on peut détecter dans la courte exclamation suivant le « clic ». Expression qui nous permet de déduire que ledit « clic » devient également le « clic » le plus détesté de l'humanité. Et de fait, le mi-dormeur interrompu est d'ordinaire peu sociable sur l'instant, en particulier avec les interrupteurs. Répondons à la question confuse mais au demeurant fort pertinente du conjoint/conjointe. Pour cela, il suffit d'emprunter ses yeux, hop bouge pas on te rend ça dans quelques instants, afin d'étudier le comportement étrange du conjoint de la conjointe, ou inversement. (Dans les deux cas l'expression qui suit le "clic" reste de toute façon la même, cet incident particulier mobilisant un registre sémantique commun aux deux sexes. En effet, même bordel, car on oublie bien souvent le sens du terme. D'ailleurs on dit un peu bordel pour tout et n'importe quoi en fait, c'est dire si le mot a été banalisé. Sans doute par des mecs qui ne dorment pas assez.) L'autre (pour simplifier) est donc là, assis dans le lit avec la main sur l'interrupteur (qui à ce moment précis souhaiterait sans doute être né barreau de chaise), tournant la tête dans toutes les directions avec des yeux de hyène à tendance psychopathe, le rire en moins. Il viendra après. On rend les yeux du conjoint de l'autre qui s’en sert alors pour faire exactement la même chose que nous. Et soudain tout s'éclaire. C'est clair comme le prénom, mais sans l'e. L'explication est évidente… Le conjoint de l'autre se dit qu'il/elle est en train de rêver et hop sans plus se poser de questions retourne s'écraser contre l'oreiller en grommelant un "merde t'es con Ernest, demain je te pète toutes tes biscottes au p’tit dej'..." Généralement, ledit Ernest décide alors de se débrouiller seul avec son problème, mais il revient également la plupart du temps vers le lit pour réveiller Célestine (conjoint/conjointe c'est trop administratif, donc à partir de maintenant c'est Ernest et Célestine, point) afin de lui demander où elle « l’a » cachée, car du point de vue des Ernests, les rangements des Célestines sont toujours de véritables rapts de matériel, matosnappings qui dissimulent au regard les objets à l'utilité pourtant vitale. Une bombe, en l'occurrence. (Dire d'une bombe qu'elle est vitale, c'est fort quand même...) Inutile de tourner plus longtemps autour du pot, on est en été, il fait chaud, on laisse les fenêtres ouvertes la nuit pour respirer un peu, ce qui permet à l'ennemi numéro un du mi-dormeur (le deuxième étant le réveil mal réglé) de faire son entrée… Alors déjà, un ennemi qui se pointe par la fenêtre, ça agace. Aucun respect de la vie privée, il n'y a pas de sonnettes aux fenêtres donc ce nuisant nocturne arrive toujours sans qu'on le sache. Ca c'est typiquement une réflexion de mi-dormeur, parce que vu la taille de l'ennemi en question, il faudrait que la sonnette soit à l'échelle. Le genre de truc à rendre fou l'électricien chargé de la relier au secteur. Et pour couronner le tout, l'ennemi ne se révèle au grand jour qu'en pleine nuit. Machiavélique. Machiavélique, et féminin car l'ennemi est en fait une ennemie. C'est la meuf de l'espèce en fait, pour vulgariser dans tous les sens du terme. Elle s'approche de sa proie en zizitant (rien de sexuel là dedans) pour venir poser délicatement ses deux milligrammes et demi de poids et s'avancer à pas de velours (peut-être s'est-elle déjà mi-rêvée en jean, qui sait?) au dessus d'un pipeline (on est en vue subjective ennemie là, je rappelle) de bouffe... C'est…une vampire. Redoutable. Féroce. Vorace. Sanguinaire. Irritante. Terrifiante dans le noir. On ne sait jamais par où elle va attaquer, on ne sait jamais où elle est en train de nous attaquer.
On sait toujours où elle nous a attaqué.
Inaudible ou presque, c'est pourtant le zizitement de son vol au dessus de son oreille qui a tiré si brusquement le mi-dormeur de sa torpeur. A ce propos, si on comparait le rapport niveau de décibels/efficacité, tous nos réveils feraient un bruit de moustique. MOUSTIQUE !!!!! Le mot est lâché. Le rire de hyène éclate (de terreur et de nervosité). Après s’être collé une baffe-reflexe pour tenter d’écraser l’assaillante, Ernest est le plus réveillé des conjoints. Célestine qui vient d'entendre elle aussi la menace ne laisse dépasser de la couverture que ses yeux et tout ce qu'il y a au dessus. C'est relativement efficace, car seul le front est exposé. Jamais vu une moustique piquer les sourcils ou les cheveux. Hop hop hop Célestine indique à Ernest revenu bredouille où trouver l'arme (la bombe donc) anti-moustique que celui-ci ramène en jurant de faire la fête aux biscottes de Célestine. Qui n'en consomme d'ailleurs pas puisque cela fait grossir. L'Homme fait toujours les choses en grand : - Ennemie : 2.5 mg - Arme : catégorie bombe, destruction massive, 300 à 500 ml de contenance.
(Intervention du mi-dormeur qui nous accompagne depuis tout à l'heure : "Mais! Mais mais mais !! (le mi-dormeur à des exclamations à la con) pourquoi on appelle ça une bombe?")
Notice : "Décapuchonnez, pressez le bouton en courant partout dans la pièce (Sans hurler. Si c'est le cas, c'est que vous tenez la bombe à l'envers), patientez."
La suite? Ernest et Célestine se rendorment l'un contre l'autre, en se grattant un peu, l’oreille tendue, à moitié intoxiqués par l'insecticide. Et jamais tout à fait certains qu'aucune moustiquette ne va resurgir du coin le plus sombre de la pièce pour venger le massacre de ses congénères… Et notamment celui des mâles, ces innocents inoffensifs que l’on écrase et empoisonne, que l’on génocide à tort !!!
(Réflexion du mi-dormeur : « En même temps… allez déterminer le sexe du pauvre type vous, avec sa taille !!! )
Certainement un électricien… |
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