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April 18 Le gros leurreEtant donnée ma sympathie pour les sports à risques (on a vu la dangerosité du solitaire pour votre ordinateur et celle du sursaut en hauteur pour vos tympans), je me propose ce soir de vous parler d'une discipline des plus cassgueulesque qui soit, j'ai nommé le roller. Lui même, accompagné pour l'occasion de son jumeau et leurs huit Roulettes pour la chorégraphie. La première question qui me vient à l'esprit, c'est pourquoi diable accepterait-on de chausser ces étranges chaussures bien roulées? Moulées pardons. Pas tous à la fois !!! Ok. Donc pêle-mêle, on me cite: -la "sensation de glisse" - la "vitesse" - le côté "pratique-parce que-ça-va-hachement-plus-vite-qu'à-pattes" ( oui, c'est un djeun's qui a donné cette réponse, ça se sent bien dans la façon de parler n'est-ce pâââs ?) - le "staïlle" ( là c'est un frimeur, sans doute encore un de ces mecs des hautes écoles...) -" une façon très efficace de brûler des calories" ( Comment ça pas besoin de préciser qui a donné cette réponse ?! ) -"avoir une bonne excuse pour renverser la mamie qui vous a doublé à la caisse du supermarché" - "s'entraîner pour la semaine à Val-d'Isère" ( Et pouvoir ainsi se la péter grave ou bien, pour ceux qui ne connaissent comme technique de freinage que les poteaux de téléphérique, éviter de rentrer entre deux béquilles et chaussés au plâtre.) Bref ça nous fait tout un tas de bonnes raisons, au fond. Mais tout n'est pas rose au pays des roulettes. Loin s'en faut ! Une fois la décision prise, le futur in-line rider (soyons fashion, c'est de toute façon plus simple «qu'utilisateur de patin équipé de roulettes placées en ligne») commence donc par s'équiper. Des rollers. Le choix de magasins est vaste. C'est d'ailleurs le premier inconvénient de cette activité, choisir sa paire de roller peut vous prendre un temps fou. Tout le monde a déjà tenté (ou plutôt subi...) l'expérience des patins « playschool » jaune rouge et bleu. Et généralement ce que vous en avez retenu, c'est le volume et la couleur inhabituels de vos petons lorsqu'ils en sont ressortis ( voir « extraits » dans les cas les plus dramatiques). Pour certains d'entre nous, c'est même devenu un instrument de coercition parentale ( « Tu vois tes pieds ? Tu vois tes patins là-bas? C'est bien, c'est un(e) gentil(le) garçon(/fille) qui finit sa bouillie navet-topinambour... » ) Bref, ce que je veux dire, c'est que ce coup-ci, on va faire bien gaffe où l'on met ses pieds... Donc c'est parti pour la tournée des rayons, le défilé des vendeurs qui vantent des technologies de « maintien », de « roulements abec » (là on imagine soit un patin muté en flûte soit un croisement canard-patin), de « roulettes », avec comme message subliminal « Wai c'est ça messieurs dames, le plus cher c'est le plus mieux et la caisse est par là. Pourquoi me parlez-vous de pigeons?...» Bref vous passerez bien une journée ou deux à défaire et refaire vos lacets pour essayer moult botines roulantes afin d'en trouver une paire qui offre le meilleur compromis prix/douleur/élégance. Vous avez maintenant vos huit roues sous le bras, mais à peine avez-vous fait un pas vers la caisse que la voix melliflue du vendeur résonne derrière vous. Le pied droit suspendu en l'air, l'air déconcerté ( pour ne pas dire légèrement con ), vous analysez la question que l'on vient de vous poser. -« Avez-vous des protections ? » -« Des quoi? » -« Suivez-moi. » Au départ vous pensez au complot. Encore un truc pour presser la vache à lait. Mais le type a quand même l'air sérieux, et les trucs qu'il vous montre ont l'air d'être étudiés pour résister à des traitements... plutôt rudes. Vous suivez le doigt du conseiller qui désigne tout une série d'articles. Ainsi, en plus des rollers, il va vous falloir acquérir six appendices magnifiquement disgrâcieux. Que dis-je, sept! Et c'est là qu'on commence à se faire la réflexion suivante: ça a l'air génial le roller, mais c'est bizarre tout de même cet accoutrement... Effectivement, en sus des chaussures roulantes, il vous faut investir dans une paire de genouillères, une autre de coudières, une troisième de pognères ( reposez votre dico, il n'existe pas ce mot, ça désigne les protège-pognes ) et pour couronner le tout (je ne pouvais trouver meilleure transition )... un casque! Bon kécécésbordel, les mecs qu'on voit passer sur les trottoires ne les portent pas, ces trucs ridicules!!! Hop on envoie chier le lourd ( à sa décharge, il est payé pour ça ) direction la caisse ( non sans avoir pris quand même mais à contre-coeur lesdites protections ), léger vertige lorsque le prix s'affiche sur le cadran, le sourire tout de même affiché jusqu'aux oreilles à la sortie du magasin à l'idée de pouvoir bientôt rentrer chez vous en moins de dix minutes. Mais en attendant vous devrez vous taper les transports en commun ( la nécéssité inatendue de ces protections vous a donné l'idée d'enfiler une tenue plus adaptée à l'essai, c'est à dire les nippes les plus craignos que vous pourrez dégoter au fond de vos placards ), bondés comme à l'habitude et dont le circuit fait à peu près trois fois le tour de votre appartement avant de vous déposer à 500 mètres de sa porte d'entrée. Le lendemain c'est le grand jour!! Troisième inconvénient de la discipline: chausser les rollers. Si vous avez joué les radins en optant pour les patins premier prix, pas de problème, étant donné qu'ils roulent aussi bien qu'un parpaing. Mais avec des rollers un peu plus performants, l'opération est déjà plus délicate. Bon pour le premier pied, pas trop de problème, même si là encore tout dépend du type de fixations. Les velcros ça va, les lacets qui glissent c'est déjà tout de suite vachement plus rock'n'roll. Mais ensuite vient le moment d'enfiler la seconde chaussure. Tenter de l'enfiler debout c'est sacrément risqué avec le premier patin qui n'a qu'un but dans la vie: rouler. Et généralement il fait ça très bien. Les figures obtenues sont diverses et fonction principalement de la souplesse de l'infortuné(e). Personnellement dans mon petit couloir large d'un mètre environ, il est tout à fait envisageable de finir à genoux le visage encastré dans le mur, les doigts crispés au bout des bras ballants pathétiquement le long du corps... Les plus maladroits ( ou créatifs c'est une question de point de vue ) y laisseront quelques dents, prévisible. Mais bon, qu'on se rassure en se disant que 93% de ceux qui tentent de chausser des rollers y parviennent. Les 7% restant gagnant un forfait hosto longue durée. Cadeau. Mais c'est bon, on réussit tout de même à enfiler tant bien que mal ces deux botines farceuses. Joie! Debout(e), fier(e) sur vos huit roulettes, vous esquissez alors un sourire et un mouvement vers l'avant, avant d'étaler votre mètre quatre-vingt et une culture de charretier. Le sort de votre équipement flambant neuf dépend désormais du nombre de veinards qui ont assisté à la scène. S'ils sont corruptibles, les roulettes auront droit à une deuxième chance... Le visage érubescent, vous jurez de ne pas abdiquer avant d'avoir parcouru trente mètres sans les genoux, bénissant tout à coup ce gros lourd de vendeur qui a tant insisté pour vous vendre ses protections. Pour la suite, tout dépend du terrain d'entraînement que vous vous êtes choisi. Les plus prudents auront opté pour la grande place, sur laquelle on a assez d'espace pour s'arrêter simplement en priant, d'autres plus téméraires auront chaussé directement dans la rue et pour eux commence un calvaire inoubliable. En effet, après avoir rapidement fait le rapprochement entre le réverbère dont ils portent maintenant ( sans le savoir ) la trace en travers du visage et l'éfficacité réelle du frein placé à l'arrière de l'une de leurs chaussures, ceux-là se sentent bientôt comme réincarnés dans la peau d'une chauve-souris sourde comme un pot. On les voit alors se déplacer de manière étrange, roule-râlant tant bien que mal d'élément de mobilier urbain à murs ou piliers opportuns. A suivre le dessin de leur trajectoire, on pourrait croire à une brusque poussée d'ivresse des sommets... ( Ne pas oublier que les rollers vous réhaussent notablement, notez je dis ça surtout pour ceux qui ont des portes basses hein.) Bref la première fois, c'est comme entre un garçon et une fille, ça ne s'oublie pas. Oh bien sûr, c'est quand même la plupart du temps très drôle, sauf pour ceux qui commencent seuls. Et encore, en faisant preuve d'un peu d'autodérision on peut quand même se retrouver les quatre fers en l'air et mort(e) de rire. Et puis, peu à peu, on prend de l'assurance avec l'acquisition de techniques que chacun accommode à sa manière. Déjà, on arrête de taper dans les panneaux, ça emmerde les mecs de la DDE à qui ça donne encore un peu plus de boulot. On économise peu à peu sa salive et les grands mouvements de bras pour prévenir les piétons que vos roulettes se sont mutinées et refusent catégoriquement d'obéir, on réussi quelque jolis freinages ou virages ( dont la moitié pour lesquels vous avez beuglé intérieurement un " merd'merd'merd'merd'merd'merdgniiiiiiiiiiiiiii !!! "difficile à avouer ), on commence à s'aventurer plus loin, à explorer les recoins du quartier. ( Et à pousser la plaisanterie jusqu'à se retrouver plantés comme des abruti(e)s au beau milieu d'une route pavée...) La suite? Faut voir. Demain je tente le triple Axel sur un pont au dessus du périph' et je vous dis ca que ça donne. Ou pas...
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